« La cité n’est pas un espace vide qui attend le baiser du théâtre pour reprendre vie ; elle déborde toujours-déjà de vie de toute sorte. [...] La question que nous posons est de savoir en quoi l’addition des représentations des théâtres aux représentations de la ville est nécessaire ? Jean-Christophe Agnew a répondu à cette question dans Worlds Apart (1986). Il décrit deux mondes dans son ouvrage : celui du théâtre et celui du marché. Les cités auraient besoin des théâtres pour que soit mis en scène le drame et la comédie des tromperies, escroqueries et duperies que les habitants de la ville s’infligent (les uns aux autres et à eux-mêmes) sur les marchés et dans les institutions environnantes. Le théâtre permet donc une mise en jeu explicite des jeux que les citoyens jouent entre eux, offrant ainsi comme un cadre qui permet d’observer les tragédies et comédies quotidiennes ».

Dirk Baecker, in Wozu Theater? (Theater der Zeit, 2012)

Notre communication, depuis 2002, fonctionne sur de telles références : le dollar, le pétrole, Mao, la surveillance urbaine, mais aussi la ville, ses jeux, ses enjeux (les trois dernières saisons, plus particulièrement). Son univers iconographique est toujours un sujet largement débattu au sein de notre équipe et de façon assez étayée. C’est cela notre identité, ou comment le Maillon se « dé-marque » : quels événements du monde renvoient le mieux à nos engagements du moment, à notre perception d’une forme de « confrontation » entre l’art et la réalité actuels. Ce en quoi cette « image de marque » n’est autre que le vecteur d’un intérêt probable du public pour l’art.

Alors d’où nous vient cette « patte » ? Notre communication est toujours confiée à des graphistes que nous considérons comme des artistes : nous n’intervenons donc jamais dans leur champ, mais échangeons ensemble depuis dix ans sur l’état du monde et du théâtre... Force est de constater qu’ils sont les premiers artistes « en résidence » au Maillon. Ils commencent d’ailleurs à essaimer leurs talents dans l’Hexagone et c’est ici le meilleur compliment reçu pour notre travail commun. Pour le reste, la communication du Maillon se réalise partout et par tous les moyens : jusque dans les cafés où nous faisons campagne, fidèles en ce sens à Vilar et Vitez qui n’ont jamais énoncé leur théâtre « ex cathedra ».

Car nous ne détenons aucune vérité sur l’art : nous proposons simplement au public de « faire l’essai », de s’intéresser à des propositions par essence nouvelles car elles nous parlent d’ici et de maintenant. C’est une relation de confiance que nous voulons instaurer avec lui, donc de fidélité et de dialogue constant. Notre communication sert à cela : transmettre un enthousiasme qui ne soit pas béat, mais fondé sur une approche des événements où chacun se retrouve, puisse puiser dans son imaginaire personnel pour alimenter son désir de nous rendre visite, ou bien pour accompagner un ami ou un proche au Maillon pour la première fois.

Images : Atelier Poste 4