par Barbara Engelhardt, directrice

Être vivant, qu’est-ce que cela signifie, aujourd’hui ? Être un organisme pluricellulaire et fonctionnel, certes, mais au-delà de cette définition purement factuelle ? Le vivant, plus que jamais, existe et s’exprime aussi dans tout ce qui se passe avec et entre ces organismes, tout ce qui nous lie à d’autres vivants, humains entre autres. Il y a un espace commun à se réapproprier, à rendre sensible et intelligible, un « en-commun » qui alimente notre curiosité de l’autre, notre envie de refaire l’expérience concrète d’un environnement partagé.
Nous voici de retour, impatients d’accueillir à nouveau artistes et public dans les murs du Maillon, pour donner des nouvelles du vivant.

Après des mois où nos regards étaient fixés sur des graphiques et des chiffres, nous avons besoin d’autres images et d’autres histoires. Pourquoi ne pas faire cette expérience au théâtre : se laisser contaminer par la force furieuse d’un mythe antique ou transporter dans des contrées et des vécus d’ailleurs, s’exercer à la reconstruction des glissières d’une vie qui a dérapé, se mesurer à la loi et à l’autorité, plonger dans la pensée d’un autre, rebondir sur des imaginaires de toutes sortes… Autant de formes et de propositions, tout au long d’une saison que nous espérons pouvoir partager avec vous. Autant d’interrogations et de récits qui posent la question du vivant et de l’humain, aujourd’hui.

Au moment où nous nous assurons de notre propre présence dans l’ici et maintenant, une autre interrogation naît : que pourrait être l’humain de demain ? Qui sommes-nous dans un monde où les machines et les robots, les algorithmes et le big data exercent une influence toujours plus grande sur nos vies, sur notre perception de la réalité, sur notre corps et la façon dont nous le considérons ? C’est dans un temps fort riche de spectacles, rencontres, débats et ateliers que nous aborderons ces questions. Une invitation à cheminer ensemble, au théâtre, à travers la « vallée de l’étrange » (pour reprendre le titre d’un des spectacles), un sentiment profond entre inquiétude et fascination. L’avenir ? Par où le prendre et comment le comprendre ? Pour le dire avec le philosophe Ludwig Wittgenstein, on ne gagne pas toujours à remplacer une image floue par une image nette. « Le flou n’est-il pas souvent ce dont nous avons besoin ? » À défaut de réponses nettes, continuons donc, dans l’espace commun que les arts peuvent construire avec le vivant, à donner des nouvelles de l’humain.