Des problématiques sociales quotidiennes aux grands enjeux supranationaux, un bref regard sur le visage du monde suffit à saisir la nécessité d’une pensée critique en Europe.

Une critique qui définirait ses propres critères, éthiques et politiques. Une critique qui réaffirmerait l’idée démocratique comme levier de justice sociale. Une critique qui, dépassant les enjeux particuliers, prendrait de la hauteur et aspirerait à un regard plus vaste. Une critique qui, pour reprendre les termes du philosophe Frédéric Worms, échapperait à sa propre myopie.

Aujourd’hui, l’Europe doit faire face à des défis qui la dépassent, de la problématique migratoire aux enjeux climatiques, jusqu’aux transformations politiques qui agitent de nombreux pays. Au moment même où une partie de la population mondiale table sur la paix et la stabilité en Europe en espérant y avoir part, les pays qui la composent reconstruisent leurs frontières. Nourris par l’inquiétude sociale autant qu’ils la nourrissent, le recul antidémocratique et le repli des nations sur elles-mêmes menacent l’idée d’une Europe unie.

Face à cette interdépendance des échelles, il est d’autant plus essentiel de forger des visions décentrées, complémentaires et, inévitablement, contradictoires. L’Europe, territoire à l’histoire riche de mouvements émancipateurs, n’est pas pour cela démunie d’atouts. Nous avons fait l’expérience que la réflexion critique sur le présent peut devenir un puissant catalyseur de mobilisation. Pourquoi ne pas créer et mettre en œuvre au théâtre le partage de cette réflexion ?

C’est ce que nous vous proposons de faire ensemble, au Maillon, scène résolument européenne, avec les artistes et les partenaires institutionnels ou associatifs de cette saison. Non pas en nous concentrant sur une thématique particulière, mais en suivant une trame qui se dessine sur l’ensemble de l’année théâtrale. Il s’agit d’oser la multiplication des perspectives sur l’Europe, sur son passé et son avenir, à travers des propositions qui laissent derrière elles des catégorisations artistiques souvent trop étroites.

Dans notre rapport à l’art comme au monde, un pas de côté ou en arrière suffit parfois pour avoir une vision plus claire et plus complète en même temps. Par-delà les commémorations de 1968 en France, il nous faut réinventer un esprit émancipateur en 2018. Au Wacken comme hors-les-murs, tant la joyeuse anarchie de la forme que le subtil ébranlement des certitudes, tant le témoignage individuel sur l’Histoire que l’exploration de nouveaux territoires esthétiques pourraient en être le point de départ.

Barbara Engelhardt
et l’équipe du Maillon