Un ciel chargé de nuages, d’un étrange jaune moutarde : une immense toile a pris place au Maillon, un dispositif trilatéral qui crée une atmosphère ambigüe dans notre petite salle, entre déclin et renouveau.

Il s’agit d’un élément scénographique d’un spectacle de Philippe Quesne ( Crash Park), prêté et réemployé ici pour un nouveau projet. Il nous servira de décor unique pour des résidences de recherche proposées à cinq compagnies strasbourgeoises et régionales : un temps de travail sans aucune obligation de « produire », consacré tant à la complexité de ce que nous traversons qu’aux recherches propres aux artistes accueillis.

Cet élément recyclé, mutualisé, forcément étranger à leurs créations en cours, est une contrainte partagée par tou.te.s – mais aussi un moment d’arrêt sur image. L’idée est qu’il alimente, le temps de cette expérience, les réflexions et pratiques qui animent les artistes, qu’il en stimule éventuellement de nouvelles. Dans une période où la rencontre avec les arts est entravée, les compagnies sont invitées à se lancer dans des « chantiers à ciel couvert » : « L’Âge d’or », cette utopie d’une humanité plus heureuse et plus juste, se résume-t-il aujourd’hui à une nuageuse lueur jaunâtre ?

Au Maillon, le nouveau projet d’accueil répond à une urgence. Celle de rendre aux artistes un temps suspendu, car dans l’actuel « flottement », sans annonces précises ni perspectives concrètes pour une réouverture des lieux culturels, l’attente leur devient insupportable. C’est pourquoi nous avons pris la décision, sans attendre d’éventuelles consignes, d’adapter notre programmation jusqu’à la fin de la saison.

D’ici-là, nous ouvrons les portes du Maillon à l’imagination des artistes sans pour autant les pousser à créer à tout prix de nouveaux spectacles que les théâtres, face à des vagues de reports, ne pourront peut-être jamais accueillir. Creuser une question, approfondir une expérience, freiner le rythme de la production – c’est ce à quoi nous invitons les compagnies durant ces « chantiers à ciel couvert ».

Chaque semaine, une nouvelle troupe s’installera au Maillon. Le 15 février la chorégraphe Sarah Baltzinger, accompagnée de deux danseurs et d’un musicien, a entamé son chantier. La semaine du 22 février c’était la cie Sans Visage, à laquelle à succédé la cie Espèce de Collectif. À partir du 8 mars c’est Cyril Balny & Fanny Perreau, de la cie La Récidive qui ont investi plateau. Enfin, la compagnie Yokaï s’est instalée cette semaine du 15 mars. Nous ne manquerons pas de lever de temps à autre le rideau pour laisser entrevoir ce qui se passe derrière.

Barbara Engelhardt,
Directrice

Scénographie Philippe Quesne / Vivarium Studio

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