Vous voulez plus de détails ? Voici des extraits du mémoire rédigé en 2014 par LAN Architecture ainsi que quelques plans afin de mieux appréhender le nouveau projet.

Le hasard fait bien les choses

La vocation du Maillon a été dès sa fondation celle de sortir le théâtre de ses murs et le monde de la scène de sa posture parfois élitiste. « Le maillon d’une chaîne culturelle impliquant toute la ville » comme aimait à le rappeler Germain Muller.
Le hasard fait bien les choses, puisqu’avec l’occupation du site Wacken en 1999, le credo du Maillon s’inscrit profondément au croisement des arts de la scène, au cœur de la création contemporaine. Les lieux provisoires d’origine, qui devaient pallier une situation d’urgence, se sont rapidement fait le porte-voix de ce message, à l’échelle locale et internationale.
Le profil du Maillon et sa pluridisciplinarité s’expliquent tant par le succès que la fréquentation du lieu. La contrainte initiale a été finalement transformée en un atout, et cet atout a profondément modelé l’identité du théâtre du Maillon.
Les plus grandes avancées en architecture ont surgi dans des cadres similaires, lorsque des typologies de tout ordre (logements, espaces de travail, musées, espaces de culture, de représentation, etc.) ont été remises en question et ont laissé la place à de nouveaux dispositifs. Ceux-ci, par la suite, ont initié de nouvelles typologies, souvent le fruit du hasard.
Le musée d’art moderne de Louisiana, situé dans l’agglomération d’Humlebæk au Danemark, à une demi-heure de Copenhague en voiture, est un bon exemple de ce phénomène. Plutôt que de demander directement une esquisse aux architectes Wohlert et Bo, Knud W. Jensen, riche collectionneur d’art, les invite en 1958 à demeurer quelques mois dans sa propriété, ce séjour leur permettant de décider comment une nouvelle construction pourrait s’intégrer harmonieusement dans le paysage.
Dans la première version du projet, le musée est composé de trois bâtiments reliés par des couloirs de verre. Par la suite, le musée est étendu à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’il atteigne sa forme actuelle en 1994.
Sur le papier, ce musée est précisément « ce qu’il ne faut pas faire » pour exposer de l’art : la lumière n’est pas contrôlée, les parcours sont peu fluides, les espaces complètement irréguliers, avec de fortes différences de l’un à l’autre.
Ressemblant davantage à une maison qu’à un espace d’exposition, le Louisiana est pourtant devenu une référence en matière de muséographie. Depuis sa construction, il inspire les architectes du monde entier ; le dernier en date étant Jean Nouvel, appelé à dessiner le Louvre d’Abu Dhabi. Quelles raisons expliquent cet engouement ?
Lorsqu’on visite une exposition dans les murs de ce musée, l’art se fond au paysage et le public devient d’un coup part de ce spectacle. Le Lousiana a anéanti à lui seul l’idée de la « white box ».
Si, dans le cadre d’un mémoire de projet, ces lignes paraissent inopportunes, elles sont, à nos yeux, fondamentales pour appréhender le cœur de notre proposition et le défi que nous souhaitons relever avec le projet du nouveau Théâtre du Maillon. [...]

Le mur et la facade

Le vide est le lieu du possible : pour qu’il existe, il faut le définir, le dessiner et le penser.
Le projet s’attache à montrer que le théâtre peut devenir un territoire essentiellement constitué d’espaces libres, ouverts ou disponibles.
La révélation, la transformation, la protection de ces vides sont autant de stratégies, de projets ou d’actions qu’offrent ces espaces à ceux qui les vivent.
C’est la perception physique de ces vides qui a donc guidé le propos du projet, cette matière en mouvement que les murs donnent à voir.

Trois types de murs constituent le projet : les murs des salles, les murs des rues intérieures, les murs péricentraux. Nous ne nous attarderons pas sur les premiers, classiques et techniques pour expliciter plus longuement les deux autres types.

Les murs mobiles

Le mur est le seul élément fixe du théâtre. En tant que tel, il doit pouvoir s’adapter à tous les scénarios possibles.
Les figures ci-dessus montrent le système choisi pour les parois du théâtre (les façades des rues).
La partie supérieure du mur est structure, tandis que celle inférieure est constituée d’éléments mobiles, coulissants, pivotants et démontables.

Les murs enceintes

Ces mots transcrivent des notions opposées, se répondant parfois l’une à l’autre. L’architecture est la discipline qui permet de basculer de l’un de ces mots à son contraire.
Tout le sens d’un projet se situe dans la manière dont ce passage s’effectue, dans la modalité de la transition et sa gradualité.
L’architecture peut se penser comme une interface.
Le nouveau théâtre du Maillon doit faire revivre l’équipe et l’esprit originel, entamer un nouveau chapitre de son histoire.
Les façades sur l’espace public sont l’interface à travers laquelle cette histoire se perpétue.
La limite du projet correspond à la limite de la parcelle ; le bâtiment se développe sur ce périmètre et entoure avec sa façade la totalité de l’espace.
La peau est également tramée, dessinée par des vides et des pleins.
Construits en béton coloré, les pleins sont les parties nécessaires à la structure.
A contrario, ces vides forment autant de fenêtres sur la ville.

Peut-on considérer que la fenêtre est ce qui caractérise cette interface ?
Si oui, peut-on affirmer que la fenêtre est le fondement de l’architecture - au même titre que la parole serait celle de la littérature ?
L’approche anthropomorphique veut que la fenêtre soit à l’architecture ce que le visage est à l’homme – elle regarde, et se soumet au regard de l’autre.
Elle est une interface entre deux espaces antithétiques, entre deux altérités.
Elle délimite ces altérités (fenêtre fermée, transparence trompeuse), ou, au contraire, les abolit (fenêtre ouverte, transparence) : c’est le lieu du désir et de la rencontre, où se révèlent la beauté et l’essence des choses.

Le théâtre et la ville

La géographie et l’emplacement du lieu nous suggéraient de poursuivre la logique mise en place par le projet urbain, en fabriquant une sorte de rotule, véritable point de suture des tissus, unissant tous les éléments gravitant autour.
En travaillant sur les axes à l’intérieur de la parcelle, l’extrusion initiale a été ciselée pour obtenir finalement un volume venant parachever l’avenue Schutzenberger, formant un angle pour la place Adrien Zeller et un signal urbain depuis la rue Jean Wenger Valentin.

Le volume laisse deviner une intériorité, un parallélépipède mystérieux, changeant selon les lumières de la nuit et du jour. La nuit, ce volume devient un lieu d’images, de couleurs, de lumières, expressions d’une vie intérieure intense. L’intérieur est un monde en soi, complexe, diversifié.

Une rue intérieure suit le parc, une place couverte la termine, grand volume vide depuis lequel on voit les salles de spectacle.
C’est un monde de contrastes, de surprises, un dédale spatial, un paysage intérieur. D’une part, le monde des acteurs s’articule autour de cours et de terrasses extérieures diversement plantées. De l’autre, des espaces publics intérieurs piranésiens relient les différentes salles, l’espace de convivialité, la rue.
L’abstraction est envahie par la figuration. Le permanent est complété par l’éphémère.

Les façades forment des filtres légers laissant voir la ville au lointain, le parc, les architectures voisines. La nuit, ces façades sont autant de supports diffusant des images colorées projetées, imprimées ; libre aux utilisateurs de choisir comment utiliser ces surfaces.
Chaque lieu devient une découverte, chaque détail une invention.
L’architecture est comme le théâtre, l’enjeu est d’émouvoir et de savourer certains plaisirs.