Le Maillon travaille depuis plusieurs années à développer des projets qui s’ancrent dans le quartier du Port du Rhin, en partenariat notamment avec le Centre socio-culturel Au Delà des Ponts. Franck Liebenguth, directeur du Centre socio-culturel, nous parle de cette collaboration.

Comment est née la collaboration entre les deux structures et pourquoi avoir choisi le Maillon ?

Franck Liebenguth : La collaboration entre le CSC Port du Rhin et le Maillon est née par le biais de « Tôt ou t’Art ». Nous nous sommes intéressés à la mise en place de parcours de spectateurs et d’ateliers. Le premier atelier a donc eu lieu en décembre 2015. Le principe de cette collaboration est de faire précéder un spectacle le samedi, par un atelier de pratique le mercredi. Cette année, lorsque la programmation est sortie, nous avons repéré trois spectacles, axés sur le secteur parents-enfants.

Pourquoi ce choix parents-enfants ?

Franck Liebenguth : Nous avons effectué notre premier atelier la dessus. Sur les week-ends, il est plus difficile de proposer des choses aux familles par rapport à l’accès à la culture. Les enfants sont des publics captifs. Travailler avec les familles nécessite un travail de médiation conséquent. Il faut d’abord les intéresser à quelque chose et petit à petit les emmener vers les salles de spectacles. C’est un travail un peu plus long et plus difficile. Pour les adolescents cela prend davantage de temps encore. Cela me semble intéressant de développer l’accès à la culture à destination de la famille. Cela permet aux parents et aux enfants de partager un moment de complicité. Il y a également des questions d’ordre pratique quand au choix du secteur « parents-enfants ». En effet, les transports en communs pour accéder aux spectacles étant plus rares le soir, les spectacles choisis ont souvent lieu le samedi ou le dimanche en journée. Le tram allemand va permettre de désenclaver cela également, tout comme la ligne de transport en commun, qui relie le théâtre de Hautepierre et le port du Rhin.

Qu’est ce qu’apporte le maillon au CSC ?

Franck Liebenguth : L’idée d’allier un atelier pratique avec un spectacle à thématique identique permet de sensibiliser les familles à ce qu’ils vont voir ensuite dans le spectacle. Cela crée également une proximité avec les artistes pour favoriser l’accès au spectacle. Actuellement, certaines familles sont présentes aux ateliers et d’autres aux spectacles. Il est positif de voir que des familles viennent directement au spectacle parce que cela les intéresse, mais l’idée est tout de même de faire en sorte qu’ils participent aux deux évènements, ce qui n’est pas encore tout à fait le cas.

Quels sont les retours des enfants / du public ?

Franck Liebenguth : Les inscriptions montrent que beaucoup de familles reviennent voir un autre spectacle. Cela signifie qu’ils ont accroché, que leur curiosité a été éveillée et qu’ils souhaitent découvrir autre chose. C’est une sorte de fidélité. Depuis 2011-2012, le travail est réellement porté sur l’accès à la culture. Mais nous partons de très loin car la culture n’est pas une priorité pour les gens par rapport aux difficultés sociales qui les touchent. Nous avons tenté différentes choses pour essayer d’intéresser les habitants, mais elles n’ont pas toutes fonctionné. Désormais, les retours d’expériences sont payants. C’est un travail de longue haleine. Il ne faut pas trop se disperser. Nous avons fait le choix de travailler avec des partenaires comme le Maillon et d’aller le plus loin possible avec eux plutôt que de multiplier les offres. On fait moins pour faire mieux afin de réussir ce que l’on propose. Il y a donc uniquement un petit nombre de partenaires comme Turbulences, l’Ososphère qui ont choisi également de s’investir sur le quartier. Nous voulons travailler la pérennité. Les projets doivent être développés à leur rythme et ont le droit de ne pas fonctionner de suite. C’est ce que nous expliquons aux financeurs aussi. Ce qui est intéressant pour nous, c’est de croiser les différents partenaires. Nous créons des passerelles sur les projets, travaillons les uns avec les autres pour que les choses se croisent. Cela crée une véritable dynamique, essentielle pour le territoire. Nous essayons d’organiser par exemple la fête autour de l’inauguration du tram. C’est ainsi que l’on construit un projet de territoire. On tisse une toile avec des interconnections. Nous avons aussi effectué un film qui sera utilisé pendant l’Ososphère puis réutilisé dans le café du conservatoire. C’est quelque chose qui est fait par les uns qui est utilisé par les autres etc.

Depuis quand existe le CSC ?

Franck Liebenguth : Les actions culturelles du CSC existent depuis septembre 2009. En juillet 2012 nous avons eu notre agrément pour être CSC.

Qu’est ce que vous proposez exactement ?

Franck Liebenguth : Nous proposons des services pour les habitants du quartier, le plus large possible : accueil pour les enfants, périscolaire, loisirs, soutien solidarité. Nous réalisons également des actions avec les familles : travail autour de la parentalité, soutien aux familles, groupes de parole, sorties, vacances en famille. Tout un travail est aussi effectué sur l’insertion professionnelle. Nous sommes en partenariat avec pôle emploi, les missions locales etc. Enfin, nous cherchons à animer le quartier, en développant des actions à son échelle, pour le faire découvrir.

Effectuez-vous des projets du côté allemand ?

Franck Liebenguth : Nous avons déjà réalisé une ou deux actions au delà du pont, du coté Allemand. Le nouveau défi est de commencer à créer petit à petit des passerelles avec l’Allemagne et plus loin. Nous travaillons vraiment sur la pérennité. C’est important car plus efficace que de travailler juste occasionnellement sur un atelier. Nous voulons tisser quelque chose sur plusieurs années car il faut du temps pour intéresser les familles aux spectacles. L’effet boule de neige, le bouche-à-oreille, sont essentiels pour attirer du monde. Le groupe va être de plus en plus important. Tout cela ne s’effectue pas en un an. Nous avons travaillé de cette manière sur l’insertion professionnelle et cela porte ses fruits. À l’époque, nous faisions de l’affichage, de la publicité, mais ce n’est plus nécessaire actuellement car les gens en parlent entre eux. Certaines personnes ont retrouvé des emplois, des formations, ce qui fait de la publicité. Mais il faut quelques années avant d’arriver à cela. Sur les actions que nous avons pu proposer avec les spectacles, nous sommes sur des jauges assez importantes. En décembre dernier, sur Mad in Finland par exemple, 47 personnes étaient présentes. Certaines familles conseillent à d’autres de venir. Certains viennent d’un atelier à un autre. Nous avons également développé un projet avec la crèche transfrontalière suite à l’initiative de la mairie de Kehl : des mamans vont à la crèche pour lire des histoires aux enfants. L’idée est de faire venir du monde pour raconter des histoires en français, en allemand ou en d’autres langues. C’est une sorte de projet transfrontalier qui reste dans le quartier.

Propos recueillis par Hélène Cominéas

Entretien avec Franck Liebenguth, directeur du Centre socio-culturel Au Delà des Ponts
Dans le cadre du contrat de ville de l’Eurométropole de Strasbourg avec le soutien de la ville de Strasbourg, et de la DRAC